Archives par mot-clé : peur

Le soleil qui déclinait

    Mais l’autre s’éloigna et la jeune fille n’entendit plus que la rumeur tendre des pages que l’on tourne. Combien de temps, devrait-elle attendre ? Et le soleil qui déclinait déjà ! Un début de panique se saisit d’elle. Puis, la chance sembla lui sourire. Tendant un instant le cou, elle vit une silhouette toute vêtue de noir disparaître dans une travée encadrée par de grands présentoirs. Si elle sortait maintenant, contournait une table et un casier, elle pouvait atteindre le rideau. Avec tout le calme dont elle était encore capable, elle sortit de sa cachette et mit son plan de fuite à exécution. Mais à l’instant même où elle touchait au velours pourpre de la tenture, on lança derrière elle :
— Qui va là ? …

extrait – Æsir, chapitre 3 : compter les jours.

 
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Attirées par sa frayeur

    Elle était entièrement nue, allongée sur une couche un peu dure, protégée du froid par de lourdes courtepointes, mais non moins ficelée aux poignets et aux chevilles, les cuisses largement ouvertes. Elle sentit naître un sanglot du plus profond de sa gorge et, se remémorant la douleur qui accompagnait son souffle, se força à le réprimer. Mais ses yeux n’en rebondissaient pas moins sur les ondes fuligineuses et mouvantes qui convergeaient vers le lit, comme attirées par sa frayeur. L’une de ces choses, molle et filandreuse, tantôt fine tantôt condensée en amas glaireux, vint jusqu’à presque effleurer son cou, faisant mine de vouloir couler sous les couvertures…

extrait – Æsir, chapitre 7 : contre-jour.

 
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Un rêve néfaste

    L’aspect des lieux leur provoquait une peur indicible, sentiments et perceptions mêlées, de passer si près de la mort qu’elle pouvait d’un geste vous happer. Les douze silhouettes armées s’avançaient dans les corridors désolés de la citadelle, avec l’impression de se mouvoir dans un rêve néfaste. Les portes ne s’ouvraient jamais sur ce que l’on pensait, d’aucunes sur le vide, d’autres sur des capharnaüms indescriptibles. Le froid était partout qui suçait l’énergie des corps avec gourmandise et avidité, vous laissant la prenante sensation du contact d’un démon. Des couloirs couraient parfois jusqu’à se rétrécir et disparaître soudain, sans issue. Des escaliers tortueux les menaient vers un enfer de silence, sous des colonnes hautes comme cinq hommes et des cintres dont les sculptures outragées dégoûtaient de méchanceté…

extrait – Æsir, chapitre 11 : les jours nés du sang.

 
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