Ronde comme l’épiphyse d’un tibia

    Sur l’échine neigeuse grumelée de congères et sillonnée de crevasses perçait le pic de la forteresse, tavelé de brumes sulfatées. Dans les cieux couleur de suie et d’aigue-marine, la lune, ronde comme l’épiphyse d’un tibia garnie de chair nuageuse, paraissait lointaine et étrangère aux tumultes qu’elle provoquait sur les fluides, sur les humeurs et les âmes de ceux qu’elle dominait. Le ressac perceptible du bassin saumâtre qui épousait les aciérations granitiques du piton donnait pourtant une idée précise de sa prodigieuse influence. Et à la fenêtre du donjon de l’aile ouest, les yeux noirs d’une femme sous un masque de serpent en contemplaient les mouvements, synchrones des lancinantes vagues de douleur qui déferlaient dans son bas-ventre. Affliction banale à laquelle elle n’échappait pas, comme toutes les femelles en âge de procréer, l’amalgamant à cette masse triviale et bêlante de prochaine parturiente. En cette nuit de la nouvelle lune, il n’y avait que les ténèbres qu’elle voulait enfanter. Le sang appelle le sang…

extrait – Æsir, chapitre 5 : nuit et jour.

 
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