Les fossés qui séparent les peuples

    — Autour de la table, beaucoup montrèrent des signes d’incompréhension. Ce qu’évoquait Orbelon était par trop lointain pour qu’ils en aient eu un jour connaissance.
— Les raisons de cet être, quel qu’il soit, ne me semblent pas aussi manifestes… mais une chose est certaine, il n’y a aucune autre façon de le traiter : c’est un fléau ! Il nous faut le débusquer et le tuer ! ajouta l’un des grands prêtres.
— C’est là le vouloir des Trois ! Ne voyez-vous pas, frères commorians, que c’est ce que l’on attend de nous ? Le retour en grâce des habitants d’Hyperborée et de Borée est à ce prix. Contre l’ennemi tous rassemblés, les Trois Têtes pour veiller, nous marcherons sur cet être qui nous défie, qui tente d’élargir encore les fossés qui séparent les peuples, enchaîna aussitôt son pendant…

extrait – Æsir, chapitre 10 : jours de guerre.

 
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Qu’on l’abandonne

    De peur qu’on le crût mort et qu’on l’abandonne, il se força à percer plus encore les défenses de sa semi-conscience et la souffrance aidant, il hurla en bougeant un peu sur son îlot de glace, flottant sur la verticale. Lorsqu’il refit à nouveau surface, des petits bouts de gel cascadaient dans ses cheveux et une grosse voix au-dessus de lui l’enjoignait à tendre le bras. Les bliauds avaient descendu Ki’mold au bout d’une corde pour le récupérer. Celui-ci insista encore une fois, gueulant son nom et quelques injures…

extrait – Æsir, chapitre 4 : le jour de Glace.

 
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L’éther se peuplait

    — Écoute, plutôt. Il y est dit qu’au-delà du monde, plus loin dans les étoiles qu’on ne pourra jamais aller, il y a des éons, un nombre de saisons qu’on ne pourrait même imaginer, des êtres sans matière sinon celle des rêves, des entités façonnées à même la puissance, s’accordèrent pour créer ce qui est. Ces consciences se partageaient l’infini et n’avaient d’autres lois que de ne point troubler ni l’espace ni le temps qui ne devait plus avoir de fins. Ils étaient sans passions et sans heurts, muets et contemplatifs devant la magie du processus qu’ils avaient mis en branle. L’éther se peuplait, les astres s’allumaient et ils évoluaient comme en miroir d’eux-mêmes.
» Puis quelque chose changea…

extrait – Æsir, chapitre 6 : les beaux-jours.

 
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Les notes fluettes de son clapot

    Les trois compagnons attendirent que la nuit fût plus sombre en se restaurant un peu. Puis ils s’en furent, s’éloignant de la muraille, en direction de la rive, avançant rapidement en terrain découvert, se détendant un peu chaque fois qu’ils pouvaient rejoindre un bosquet, un arbre ou le creux d’un talus. À mesure qu’ils se rapprochaient du lac, ils discernaient les notes fluettes de son clapot et son odeur d’eau et de glace si caractéristique. Au sommet des murs, les feux scintillaient et des ombres se découpaient parfois sur le chemin de ronde. Ils ne croisèrent personne, les alentours de la ville semblaient morts, et le froid nocturne s’en venait mordant. Encore une demi-lune et Lød connaîtrait ses premières neiges. Ensuite, il n’y aurait plus que le gel et l’attente pendant de longues lunaisons jusqu’à une nouvelle belle saison…

extrait – Æsir, chapitre 8 : Percer à jour.

 
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