Archives par mot-clé : soldat

Sous l’échafaud

    Il vengea Be’org d’un coup de taille bas dans les côtes et arracha le vieux bliaud bleu suffoquant de la nuée de violence et de sang. Il le tira sous l’échafaud, tandis que celui-ci, ses deux mains pressées sur sa blessure répétait :
— Va, Glace, va. Le capitaine…
— Je veux une promesse, Be’org. Tu tiendras ?
— Je tiendrai. Va !
Et Glace s’en fut, expier son chagrin avec encore plus de sang versé. Pour que tous le voient, le capitaine s’était juché sur la potence et ferraillait durement avec des tabards bleus et argent, pendu d’autres soldats pareillement vêtus jusqu’à se confondre, même si aux cœurs des uns, aux bras des autres, une haine fratricide se déchaînait en mailles de fureur…

extrait – Æsir, chapitre 8 : percer à jour.

 
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Pousser la vague

    Se défaisant de sa courte pelisse, il s’installa en surcot sur un des bancs de nage resté vacant – le vent était bien suffisant pour les mener vers l’avant – et se mit à ramer dur, entretenant sa musculature et se déchargeant d’une partie de sa tension. Aux soldats qui se trouvaient sous son commandement direct, des bliauds bleus de Lød pour la plupart, ils exigeaient pareil exercice, tant pour les maintenir en forme que pour suppléer à l’équipage occupé aux manœuvres. Il y avait quelque chose d’entraînant à percer et pousser la vague, à mesurer dans l’aviron la violence de l’océan, son implacable puissance et son calme mystère. Le flot grossit encore et une ombre profonde tomba sur le faux-pont…

extrait – Æsir, chapitre 11 : Les jours nés du sang.

 
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La plaie

    — Tu as pour moi les attentions d’une mère, Be’org, pas d’un aide de camp.
— Je fais ce qui doit pour que notre mission ne s’achève pas prématurément, avec ton décès, le contra le soldat en s’installant près de lui et en déposant une écuelle de soupe, une autre d’eau fumante et des bandages propres. Voyons d’abord cette jambe, tu mangeras ensuite.
La plaie s’étendait en fait de la périphérie du mollet jusqu’à l’extérieur du genou et s’élargissait encore à la naissance de la cuisse. Miraculeusement, l’articulation n’avait pas été touchée, ni même des tendons ou des nerfs qui l’auraient paralysé. Mais les fibres musculaires peinaient à se reformer, contrariées par les humeurs suintantes qui s’épanchaient nauséabondes. Et le derme, il fallait sans cesse l’exciser pour que, tel un fruit véreux, il ne dissimule la pourriture…

extrait – Æsir, chapitre 11 : les jours nés du sang.

 
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Grands prêtres d’Azula

    Selon le dogme particulier des grands prêtres d’Azula, chaque âme devait remercier celui des Trois qui l’avait le plus avantagé durant la précédente lune et se promettre à l’un des deux autres pour la suivante. Le guerrier se devait d’être réfléchi et indulgent, l’amante d’être forte ou raisonnable, le marchand d’écouter son cœur, d’être altruiste plutôt que de ne veiller qu’à son seul profit. Les Nammorians et les soldats commorians mélangés avaient, semble-t-il, retiré une sorte de réconfort ou pour le moins un sentiment de plénitude grâce à la célébration. Les anciens avaient pleuré en disant se souvenir d’y avoir assisté jadis, au temps où leurs croyances avaient du sens…

extrait – Æsir, chapitre 10 : jours de guerres.

 
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