Archives par mot-clé : sang

Près du lit d’agonie

    Jar’Aldekim ajouta :
— C’est ici que ma mère trépassa, vous savez bien ! Dans mon lit, dans le sien ! Elle a péri dans la corolle d’une fleur de pourpre grandissant jusqu’à devenir informe et goutter sur le plancher.
— Vous ne devriez pas vous…
— C’est là le remords de ne l’avoir jamais vengée.
— Qui donc l’aura tuée, Votre Altesse ? Le savez-vous ?
— Oui ! Non… je crois que je ne fais que m’en convaincre. Le mage fut le premier à me rejoindre ce soir-là près du lit d’agonie de ma mère, mais ce n’est peut-être pas lui…

extrait – Æsir, chapitre 6 : les beaux-jours.

 
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Ronde comme l’épiphyse d’un tibia

    Sur l’échine neigeuse grumelée de congères et sillonnée de crevasses perçait le pic de la forteresse, tavelé de brumes sulfatées. Dans les cieux couleur de suie et d’aigue-marine, la lune, ronde comme l’épiphyse d’un tibia garnie de chair nuageuse, paraissait lointaine et étrangère aux tumultes qu’elle provoquait sur les fluides, sur les humeurs et les âmes de ceux qu’elle dominait. Le ressac perceptible du bassin saumâtre qui épousait les aciérations granitiques du piton donnait pourtant une idée précise de sa prodigieuse influence. Et à la fenêtre du donjon de l’aile ouest, les yeux noirs d’une femme sous un masque de serpent en contemplaient les mouvements, synchrones des lancinantes vagues de douleur qui déferlaient dans son bas-ventre. Affliction banale à laquelle elle n’échappait pas, comme toutes les femelles en âge de procréer, l’amalgamant à cette masse triviale et bêlante de prochaine parturiente. En cette nuit de la nouvelle lune, il n’y avait que les ténèbres qu’elle voulait enfanter. Le sang appelle le sang…

extrait – Æsir, chapitre 5 : nuit et jour.

 
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La même furie immonde

    Et cette fois aussi, il n’y a que les cris pour s’opposer à un premier vieillard qu’on éventre. Le guerrier arrache ses tripes qui fument et les lance contre un mur alors que dans les yeux de l’aïeul s’allume l’étonnement d’être encore vivant pour un instant. D’autres se propulsent dans la mêlée des corps et se taillent un passage comme des bûcherons dans une forêt. L’un d’eux jette tardivement son dévolu sur une fille dont il vient de sabrer les jambes et déchirant sa jupe se met à la violer tandis qu’elle se vide de son sang. D’aucuns l’imitent avec la même furie immonde…

extrait – Æsir, chapitre 3 : compter les jours.

 
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