Archives par mot-clé : ombre

Son fouet mental

    — Laisse-moi agir ! C’est mon examen, clama-t-elle à l’intention de la nécromante.
Du plus profond de ses tripes, elle fit naître la perle noire de ses douleurs et l’habilla de couches successives de furie, de magie, de déraison, d’espérances impies, de tout ce qui passait à sa portée et pouvait être transcendé. Elle fustigea alors de son fouet mental le colosse d’ombres et l’amputa de l’un de ses trois pieds. Jona tomba au sol…

extrait – Æsir, chapitre 7 : contre-jour.

 
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Attirées par sa frayeur

    Elle était entièrement nue, allongée sur une couche un peu dure, protégée du froid par de lourdes courtepointes, mais non moins ficelée aux poignets et aux chevilles, les cuisses largement ouvertes. Elle sentit naître un sanglot du plus profond de sa gorge et, se remémorant la douleur qui accompagnait son souffle, se força à le réprimer. Mais ses yeux n’en rebondissaient pas moins sur les ondes fuligineuses et mouvantes qui convergeaient vers le lit, comme attirées par sa frayeur. L’une de ces choses, molle et filandreuse, tantôt fine tantôt condensée en amas glaireux, vint jusqu’à presque effleurer son cou, faisant mine de vouloir couler sous les couvertures…

extrait – Æsir, chapitre 7 : contre-jour.

 
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Salles interdites

    L’escalier de pierre s’enroulait vers l’oubli de salles interdites. Ornant les montants, les tissages cotonneux des arachnides flottaient au moindre souffle d’air. Des ombres errantes, deux plus sombres se détachèrent, se tenant par la main comme pour une danse. La plus grande des deux leva les yeux vers le colimaçon et glissant vers les trois marches suivantes, elle murmura :

    — Attends, nous sommes assez loin maintenant. Je vais allumer.

    Les pierres du briquet s’entrechoquèrent et les ténèbres reculèrent au profit de la lueur aveline d’une petite lampe à huile précieuse et ouvragée…

extrait – Æsir, chapitre 5 : nuit et jour.

 
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Sur les beffrois et les donjons

    Elle le ressentait à la lisière de sa raison vacillante. Même contraints à l’aboulie, ses sens seconds lui communiquaient l’empreinte d’une incommensurable puissance. Les ombres, qui d’ordinaire se cantonnaient dans certains lieux de Nil’ichor, l’envahissaient toute entière. Elles s’étaient propagées sur le moindre mur, dans le plus étroit des corridors. Leur chape, agitée de remous et se boursoufflant d’inflorescences vénéneuses, rampait maintenant sur les parois extérieures, inondait les cours, maquillait les fenêtres de la bibliothèque, s’enroulait sur les beffrois et les donjons. Leur nombre n’avait cessé d’augmenter depuis les premiers combats sacrificiels. Ce soir, on toucherait au paroxysme…

extrait - Æsir, chapitre 9 : l’ombre des jours.

 
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