Archives par mot-clé : lac

Ronde comme l’épiphyse d’un tibia

    Sur l’échine neigeuse grumelée de congères et sillonnée de crevasses perçait le pic de la forteresse, tavelé de brumes sulfatées. Dans les cieux couleur de suie et d’aigue-marine, la lune, ronde comme l’épiphyse d’un tibia garnie de chair nuageuse, paraissait lointaine et étrangère aux tumultes qu’elle provoquait sur les fluides, sur les humeurs et les âmes de ceux qu’elle dominait. Le ressac perceptible du bassin saumâtre qui épousait les aciérations granitiques du piton donnait pourtant une idée précise de sa prodigieuse influence. Et à la fenêtre du donjon de l’aile ouest, les yeux noirs d’une femme sous un masque de serpent en contemplaient les mouvements, synchrones des lancinantes vagues de douleur qui déferlaient dans son bas-ventre. Affliction banale à laquelle elle n’échappait pas, comme toutes les femelles en âge de procréer, l’amalgamant à cette masse triviale et bêlante de prochaine parturiente. En cette nuit de la nouvelle lune, il n’y avait que les ténèbres qu’elle voulait enfanter. Le sang appelle le sang…

extrait – Æsir, chapitre 5 : nuit et jour.

 
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Empans de corde

    Il laissait filer de courts empans de corde, se défiant des parois de glace sur lesquelles il prenait appui pour rebondir doucement. Dès les premières coudées, il ressentit une impression de chaleur sur son visage ; il était à l’abri du vent frais qui caressait les alentours du lac et pouvait jouir de la lumière gracile et bleutée qui se réfléchissait sur la glace. Plus bas, les ténèbres commencèrent à l’engloutirent et il toucha au premier palier avec les égards prudents que l’on doit à une voie que l’on ouvre. Le sol paraissait solide. Il marcha de-ci, de-là, tapant parfois du pied pour sonder le plancher et finit par se pencher au-dessus du vide pour évaluer la distance qui le séparait du suivant. Il tira sur son filin trois coups secs pour que les autres s’engagent à leur tour.

extrait – Æsir, chapitre 4 : le jour de Glace.

 
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Un géant assoupi

    La foule l’entraîna jusque sur le port. Sur le fond aigue-marine de la chaîne nordique, le glacier qui recouvrait, en partie, le lac miroitait d’un éclat sélénique. On le disait épais d’une lieue à certains endroits, il culminait sur les eaux du lac comme un géant assoupi, sa partie basse, celle qui fondait doucement durant les chaudes lunaisons, formait comme deux bras courbés vers le rivage. Bien que la plus grande portion de l’étendue lacustre fût prise par la glace, elle restait une source poissonneuse importante quelle que soit la saison…

extrait – Æsir, chapitre 2 : le jour de Glace.

 
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