Sous l’échafaud

    Il vengea Be’org d’un coup de taille bas dans les côtes et arracha le vieux bliaud bleu suffoquant de la nuée de violence et de sang. Il le tira sous l’échafaud, tandis que celui-ci, ses deux mains pressées sur sa blessure répétait :
— Va, Glace, va. Le capitaine…
— Je veux une promesse, Be’org. Tu tiendras ?
— Je tiendrai. Va !
Et Glace s’en fut, expier son chagrin avec encore plus de sang versé. Pour que tous le voient, le capitaine s’était juché sur la potence et ferraillait durement avec des tabards bleus et argent, pendu d’autres soldats pareillement vêtus jusqu’à se confondre, même si aux cœurs des uns, aux bras des autres, une haine fratricide se déchaînait en mailles de fureur…

extrait – Æsir, chapitre 8 : percer à jour.

 
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Etrange breloque

    Une courte distance plus loin, ils touchèrent à l’extrémité nord de la crevasse et ne furent accueillis que par des cadavres. Deux hommes encore encordés gisaient quelques mètres au-dessus de leurs têtes, étrange breloque accrochée à la paroi abrupte et fissurée du gouffre. De là, s’écoulait l’eau claire venue à leur rencontre sous la forme d’un terrible torrent. Les corps étaient à ce point disloqués qu’on eut cru qu’ils ne possédaient plus un seul os solide. Er’Imareïs remâcha une prière pour les imprudents qui avaient voulu les prendre de vitesse et indiqua une encoche assombrie dans ce que les autres avaient pris pour un cul-de-sac. Au fond de ce rétrécissement qui comprima leur poitrine et leur bras, ils aboutirent à l’antichambre d’une nouvelle trouée rejoignant les profondeurs…

extrait – Æsir, chapitre 4 : le jour de Glace.

 
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Près du lit d’agonie

    Jar’Aldekim ajouta :
— C’est ici que ma mère trépassa, vous savez bien ! Dans mon lit, dans le sien ! Elle a péri dans la corolle d’une fleur de pourpre grandissant jusqu’à devenir informe et goutter sur le plancher.
— Vous ne devriez pas vous…
— C’est là le remords de ne l’avoir jamais vengée.
— Qui donc l’aura tuée, Votre Altesse ? Le savez-vous ?
— Oui ! Non… je crois que je ne fais que m’en convaincre. Le mage fut le premier à me rejoindre ce soir-là près du lit d’agonie de ma mère, mais ce n’est peut-être pas lui…

extrait – Æsir, chapitre 6 : les beaux-jours.

 
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L’acier se mit à chanter

    L’acier se mit à chanter dans l’air humide de la nuit approchant. Les ténèbres assistaient au combat d’une volonté inexpugnable, car nourrie d’espérances autant que de désespoirs. Seul contre deux, ignorant toute prudence, le vagabond se mettait en danger à chacun des coups qu’il portait ou qu’il paraît. Il ne rompit pas sous la pression, négligea les feintes faciles et les escarmouches, il visait au cœur, à la tête, au ventre. Sa fougue fit reculer les deux guerriers, il avait l’avantage de n’avoir rien à perdre, d’être plus léger et habitué à se déplacer la nuit. D’un retour de parade, refusant à son corps, la protection d’une nouvelle mise en garde, il blessa l’un deux gravement, lui entamant la cuisse profondément. Le guerrier s’effondra tandis que son compagnon enrageait et enchaînait les coups de taille à une vitesse effrayante. Le vagabond esquiva et lança son arme à la recherche d’une faille, ne déviant parfois l’épée de son adversaire qu’au dernier instant…

extrait – Æsir, chapitre 4 : les jours nouveaux.

 
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